Communiqué de presse du 9 février 2021

Dépôt d’un recours contre le permis de construire délivré à AMP : l’État doit prendre ses responsabilités en matière climatique


 Chaussés de bottes et les pieds dans l’eau, installés devant la Préfecture, les porte-paroles de Greenpeace Marseille, Attac Marseille, Alternatiba Marseille, Les Amis de la Terre Provence et France Nature Environnement Bouches du Rhône ont annoncé le mardi 9 février avoir déposé un recours gracieux contre le permis de construire l’extension du Terminal 1 de l’aéroport Marseille-Provence. La mise en scène avait pour but d’indiquer l’imminence de la montée des eaux liée au dérèglement climatique, lequel est notamment induit par les émissions du secteur aérien. 


L’octroi du permis de construire dénoncé fait suite à une enquête publique concernant le projet Cœur d’aérogare (140 millions d’euros d’investissement public). Ce processus devait éclairer la décision publique grâce aux avis des citoyens. Sur 849 avis exprimés, 607 se sont prononcés contre le projet d’extension - soit 70 %. Cependant, malgré cette participation citoyenne significative, le commissaire enquêteur a rendu un avis favorable et le Préfet des Bouches du Rhône, Monsieur Christophe Mirmand, a délivré le permis de construire l’extension du T1 le 4 décembre dernier.

Le 3 février 2020, nos associations ont adressé un recours gracieux au Préfet des Bouches du Rhône contre l’arrêté de permis de construire qu’elles lui demandent donc de retirer. 

Tout d’abord, ce projet “Cœur d’aérogare” constitue la première étape d’un projet plus vaste à l’horizon 2025, estimé à un demi milliard d’euros – duquel il a été artificiellement séparé – visant à permettre l’augmentation de la capacité du T1 de 8 à 12 millions de voyageurs par an, et par conséquent, un accroissement notable du trafic aérien. D’autre part, il est peu probable qu’AMP envisage le réaménagement du terminal aux seuls motifs d’une remise aux normes de la sécurité ou d’une augmentation des espaces commerciaux, en déconnexion totale d’un accroissement pourtant déjà anticipé du trafic aérien. 

Outre la séparation artificielle avec la création d’une jetée d’embarquement, le projet risque d’aggraver la pollution de l’air sur un secteur qui a pourtant déjà justifié la condamnation de l’Etat pour dépassement des valeurs limites (par la Cour de Justice de l’Union Européenne le 24 octobre 2019 puis par le Conseil d’État le 10 juillet 2020). 

Enfin, le permis délivré n’a pas été conditionné à la réalisation du Schéma de composition générale, document de planification qui aurait dû être finalisé avant le lancement de ce projet, a fortiori dans le contexte de bouleversement des prévisions de trafic.  

Par ailleurs, parmi les arguments avancés dans les contributions de la consultation, celui de l’utilisation de l’argent public - AMP est détenu à 60% par l’État et 15% par les collectivités locales - pour des investissements non pérennes, revient régulièrement. Comment alors justifier que les 140 M€ en jeu ne soient pas plutôt consacrés à la rénovation énergétique des logements régionaux ou à l’amélioration de la desserte ferroviaire touristique du territoire ? Cette responsabilité de l’État doit également se concrétiser en actions pour la réduction et l’atténuation des effets du dérèglement climatique à l’échelle locale.

Le récent jugement, rendu le 3 février dernier par le tribunal administratif de Paris, dans le cadre de “L’Affaire du siècle” porté par Notre affaire à tous, Greenpeace France, Oxfam France et la Fondation Nicolas Hulot, est précisément venu rappeler que l’État est tenu de respecter les objectifs qu’il s’est fixés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Néanmoins, le secteur aérien peine toujours à s’aligner sur une trajectoire de réduction de ces émissions. Il apparaît dès lors totalement inconsidéré de poursuivre des aménagements tel que le “Cœur d’aérogare” sans qu’aucune modification majeure et structurelle n’y ait été apportée, qui plus est au regard de la crise sanitaire actuelle que nous traversons et de l’effondrement du trafic aérien, sans perspective de reprise “normale” avant 2027. 

Comble de l'ironie, ce projet d'extension de l'aéroport de Marseille continue à avancer alors même qu'un projet de loi "climat" sera présenté ce mercredi 10 février en conseil des ministres et que le gouvernement prétend notamment dans ce cadre avoir repris la proposition de la Convention citoyenne pour le climat visant à interdire les projets d'extensions d'aéroports, tout en ayant largement amoindri sa portée réelle.

 

Contact presse :

Alternatiba / ANV Marseille : Charlène Fleury : 07 82 79 11 17

 

Enregistrement de la conférence de presse disponible sur demande 

 

Pour aller plus loin :

- Pétition : https://agir.greenvoice.fr/petitions/non-a-l-extension-de-l-aeroport-marseille-provence-ce-projet-est-un-non-sens-climatique-et-social

Rapport du commissaire enquêteur : https://www.bouches-du-rhone.gouv.fr/content/download/39176/222273/file/CONCLUSIONS%20sign%C3%A9es%20.pdf

Impact climatique de l’aérien : https://rester-sur-terre.org/lmpact-climatique-du-transport-aerien-en-integralite/

Exemples de contributions à l’enquête publique :

“Bonjour, Apprenant ce projet d'extension, j'espère qu'il sera vite annulé et que l'effort se portera vers des solutions de mobilité sobres, bas carbone, relocalisées, résilientes.” Contribution à la consultation de Gilles le 16 septembre 2020

“Comment peut-on encore en 2021 avoir pour projet l'extension d'un aéroport ? C'est une claque donnée aux générations futures, c'est une claque donnée à l'égalité sociale, économique, au bon sens et à l'intelligence!!!! Le ferroviaire est en rade, soutenons le, investissons dans des transports moins polluants et pensons nos déplacements autrement.” Contribution à la consultation de Corinne le 16 septembre 2020